Je suis arrivée vers neuf heures, quand les étals sentent encore la terre humide. Le fromager connaît ma commande : un morceau de chèvre, pas trop fort. À côté, le maraîcher empile des tomates cerises que je goûte sans honte — elles sont sucrées, presque chaudes.
Je n’avais pas de liste. J’ai acheté du pain, des herbes, des œufs parce que la corbeille en carton me plaisait. Sur le chemin du retour, le sac coupait un peu dans ma main gauche et je trouvais ça parfaitement acceptable.
Le dimanche matin au marché, c’est moins faire les courses que prendre le temps. La semaine peut attendre une heure.
D’abord un roman de deux cents pages sur une femme qui quitte une ville sans prévenir personne. Rien d’extraordinaire, mais la prose allait vite et j’ai fini en une soirée sur le canapé.
Ensuite un essai sur la façon dont les villes se construisent autour des rivières — plus technique que prévu, mais j’ai gardé une phrase sur les ponts qui « rassemblent sans demander la permission ».
Enfin une bande dessinée lue debout dans le métro, ce qui n’est pas idéal pour les cases petites. J’ai ri trop fort entre deux stations ; une dame m’a souri comme si on se connaissait.
Trois livres, trois humeurs. C’est pour ça que je continue à noter ce que je lis : pour me souvenir de qui j’étais ce mois-là.
Quand il pleut depuis l’après-midi, je fais presque toujours la même soupe. Un oignon émincé dans un peu d’huile, une carotte en rondelles, des lentilles corail, du cumin, de l’eau. Vingt-cinq minutes, pas plus.
Le secret n’est pas un secret : un filet de citron au moment de servir, et du pain rassis passé au four avec un peu d’huile d’olive. Le fromage en morceaux sur la table, chacun se sert.
Ce n’est pas une recette de chef. C’est une recette de soir où l’on n’a pas envie de sortir et où la cuisine sent bon assez longtemps pour que le salon en profite aussi.
J’ai laissé le téléphone sur la table de la cuisine et je suis partie vers le parc sans objectif. Pas de podcast, pas de photo à prendre « pour plus tard ». Juste marcher.
Au début, j’ai cherché quoi faire de mes mains. Puis j’ai entendu des oiseaux que je n’aurais pas remarqués autrement, un couple qui se disputait doucement sur un banc, le gravier sous mes chaussures.
Une heure, ce n’est pas une retraite spirituelle. C’est assez pour se rappeler que le dehors existe sans notification. Je referai ça un dimanche, peut-être plus longtemps.
Je m’appelle Élise. J’écris ici depuis 2024, quand j’ai voulu un endroit plus calme que les réseaux sociaux pour garder des traces de la vie ordinaire.
Ce blog ne suit aucune ligne éditoriale stricte : parfois de la cuisine, parfois des livres, parfois juste une journée qui m’a marquée. Si un billet vous parle, tant mieux : c’est déjà suffisant.